Le froid en haute altitude
Origines
Lutte du corps contre le froid
| Gelures: | Causes objectives |
| Classification | |
| Prévention (avant / pendant l'expédition) | |
| Traitement | |
| Hypothermie | Légère |
| Sévère | |
| Traitement |
|
Les risques liés au froid sont :
Il est possible de diminuer ces risques par un comportement adéquat. |
Origines
La sensation de froid provient de la vitesse de refroidissement de la surface de la peau. En montagne, quatre facteurs en sont responsables.
La diminution de la température: moins 1 degré par 100 m
Le degré d'humidité de l'air, l'eau étant 20x plus conductrice que l'air. Il diminue avec l'altitude (~ 25% à 4000 m)
La vitesse du vent, qui augmente avec l'altitude
Lutte du corps contre le froid
Les températures moyennes sont basses en haute altitude (-24o à 6000 m) et le corps doit lutter. Il adopte 2 mécanismes de défense automatiques:
Le sacrifice de la périphérie
La production accrue de chaleur (thermogenèse)
Le sacrifice de la périphérie
Il est une diminution du débit sanguin cutané rendant la peau moins isolante. Les effets se font particulièrement sentir au niveau des pieds et des mains. Chaque individu réagit de manière spécifique.
Certains entraînements existent cependant pour en retarder la venue. Ils consistent à habituer le corps à passer d'une lutte à une adaptation au froid en diminuant la température corporelle centrale de un ou deux degrés.
La thermogenèse
La thermogenèse peut s'effectuer de deux manière. La première, automatique, a un grand désavantage puisqu'elle est une grande consommatrice d'énergie. Elle consiste en frissons et libération d'hormones:
adrénaline et noradrénaline, dans le but de provoquer les frissons et de faciliter la libération de glucose et d'acides gras
hormones thyroïdiennes, en synergie avec les premières afin d'élever le niveau métabolique de l'organisme
cortisone pour une défense accrue de l'organisme
La thermogenèse volontaire permet d'éviter cette débauche énergétique. Elle se réalise par la pratique de l'effort et l'absorption de nourriture (principalement des protéines).
Gelures: causes objectives
La gelure s'installe de manière insidieuse, sans crier gare.
Les gelures sont majoritairement la résultante d'un manque
d'attention |
Il est ainsi nécessaire de vérifier souvent ses extrémités. Une action immédiate est possible (et requise) lors de la montée de l'insensibilité et de l'engourdissement. Une fois la gelure installée, il est par contre préférable d'attendre pour pouvoir la traiter correctement de manière à ne pas risquer une aggravation.
Les parties à risque sont principalement les extrémités. Les joues, les oreilles et le nez peuvent également geler mais sans que les conséquences ne soient bien graves.
Les gelures ne sont pas l'apanage des température extrêmes. Quelques degrés en dessous de zero, accompagnés de vent, peuvent suffire. Leur apparition est également fonction de la répartition interne du flux de chaleur. Celle-ci est altérée, outre par le mécanisme de sacrifice de la périphérie, par des phénomènes de vasoconstriction. La vasoconstriction peut provenir de:
compressions localisées
une déshydratation
la fumée de cigarette ou les maladies artérielles qui entraînent des spasmes artériels
Gelures: classification
Déterminer la gravité d'une gelure demande de patienter deux à trois jours après le réchauffement. Ce dernier influe beaucoup sur les risques possibles d'aggravation, la gelure étant constamment en évolution. Les gelures peuvent être classées en fonction de leurs possibles conséquences :
Les gelures superficielles
La peau est jaune-grise, engourdie et insensible
Lors du réchauffement, des douleurs apparaissent
Les gelures profondes
Les tissus sont blancs, durs, froids et comme anesthésiés
Quatre cas sont possibles lors du réchauffement: les degrés 1 et 2 léger peuvent être traitées au camp de base alors que les degrés 2 grave et 3 nécessitent absolument des soins professionnels.
| 1er degré |
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| 2ème degré léger |
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| 2ème degré grave |
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| 3ème degré |
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Gelures: prévention
Avant le voyage
Mécanisme volontaire pour améliorer la résistance au froid
Il consiste à réveiller l'acclimatement du corps plutôt que
de mettre le processus de défense en marche en le forçant
à s'habituer au froid. L'objectif est d'habituer le corps à se refroidir dans son ensemble ( de
37o
à 35o) pour préserver les réserves énergétiques.
La surface de la peau peut ainsi descendre jusqu'à 12o et les extrémités
ne sont plus sacrifiées.
Différentes méthodes permettent d'y parvenir:
s'exercer au froid, en skiant sans gants par exemple
s'immerger ou se doucher à l'eau froide (les progrès sont déjà constatés au bout de 15 jours)
Elles permettent rapidement, outre une diminution de la consommation d'énergie, de retarder la douleur aux extrémités et d'avoir une meilleure dextérité par grand froid.
Durant le voyage
Les meilleures méthodes sont:
être dans un bon état physique
porter des vêtements adaptés
adopter une conduite adéquate
Vêtements
Afin de diminuer les risques de gelure, les vêtements doivent être de bonne qualité et couvrir le visage, le cou et la nuque. Il ne doivent pas être portés serrés, particulièrement aux extrémités (gants, chaussettes et chaussures). La transpiration doit pouvoir passer librement et les vêtements permettre une bonne ventilation (vêtements en Gore-Tex et sous-vêtements synthétiques). La meilleure technique est donc d'adopter la méthode des 3 couches. La première, près du corps, la deuxième pour réchauffer et couper le vent (laine polaire en windstopper), la troisième étant une veste en goretex, non doublée et munie d'aérations sous les bras et sur le devant.
Attitude adéquate
Il faut absolument éliminer toute humidité. Ceci implique d'éviter de transpirer, en cas d'effort, par la diminution de l'intensité ou en ôtant une couche de vêtements.
Les extrémités sont fragiles et elles doivent être souvent vérifiées. Elles doivent absolument rester au sec. Dans le cas contraire il faut se changer. Porter des guêtres permet d'empêcher l'infiltration de neige ou d'eau dans les chaussures. A l'extérieur, les moufles sont de rigueur tout en ayant toujours dessus une paire de gants légers pour pouvoir prendre des photos ou faire la cuisine, par exemple.
Le vent pouvant être violent et soudain, il ne faut jamais poser un habit, un gant ou autre par terre, que ce soit aux camps ou lors d'une pause. La perte d'un vêtement peut, en effet, rendre caduque des mois d'entraînement. Pour limiter les conséquences du vent, le bivouac doit être placé, si possible, à l'abri.
Une alimentation riche favorise la formation de chaleur corporelle. Il faut donc boire beaucoup ( pour diminuer la viscosité du sang) et manger (pour fournir de l'énergie) . L'alcool doit être évité car il est un vasodilatateur qui favorise les pertes de chaleurs. La cigarette fait également baisser la température.
Il vaut également mieux ne pas s'accroupir, afin que le sang puisse circuler et éviter de toucher, à mains nues, les objets métalliques, grands conducteurs de froid.
Gelures: traitement
A ne pas faire
Ne pas réchauffer une gelure lorsque l'on risque une nouvelle exposition au froid. La re-gelure est encore pire que de laisser le membre froid. Le mal étant fait, il vaut mieux attendre de bonnes conditions. Si les orteils ou les pieds sont gelés, il vaut cependant mieux renoncer à continuer l'ascension afin de ne pas empirer la situation. Un membre gelé ou dégelé est, de toute façon, inutilisable.
Ne pas effectuer un réchauffement lent, ce qui crée des nécroses en profondeur
Ne pas entreprendre une action de réchauffement local avant d'être en lieu sûr, où une évacuation sera possible. C'est à dire au BC.
Ne pas enlever les chaussures de ski ou de montagne lorsqu'on suspecte une gelure du pied sous peine de ne plus pouvoir les remettre
Ne pas frictionner les extrémités avec de la neige
Ne pas frapper un membre gelé
Ne pas soumettre un membre gelé à une flamme (risque de brûlures graves)
Ne pas fumer
le Traitement des gelures superficielles
Impérativement être dans un local bien chauffé et réchauffer la zone gelée ainsi que le corps entier.
En premier lieu, il faut réchauffer le corps:
Mettre des habits secs et déjà chauffés (portés par un autre)
Manger et boire (sucré) en abondance pour diminuer la viscosité sanguine.
Mettre des gourdes chaudes (40o) sous les aisselles et les cuisses.
Tout de suite après, réchauffer la partie gelée
:
Dans un bain d'eau tiède, proche de 38° à laquelle on ajoute un liquide antiseptique, sans alcool. La durée peut aller de 30 mn à une heure. En cas de douleurs (présages d'une bonne évolution), donner de l'aspirine et diminuer un peu la température du bain si nécessaire. Les bains sont à répéter 2 fois par jour pendant 3 jours puis une fois par jour du 4ème au 8ème jour.
Faire un pansement adapté au futur gonflement de la partie dégelée: gaze stérile et pansements très lâches. Séparer les doigts. Le pansement doit être gras en cas de blessures associées.
Prendre du paracétamol ou de l'acide acétylsalicilique : 250 mg par jour
Puis, se reposer au chaud, dans un sac de couchage déjà réchauffé par un autre. Mettre les extrémités gelées à l'horizontale.
Par la suite :
Une gelure superficielle peut être traitée par
de l'aspirine. En cas de gelure profonde, la morphine sera certainement
nécessaire pour calmer les douleurs. Celles-ci proviennent souvent
dune infection ou du fait que l'os soit touché, d'ou des risques
de tétanos. Prendre des antibiotiques
pharmacie
Ne pas utiliser le membre blessé
La marche de retour doit s'effectuer avec un bras bandé sur la poitrine ou en portage si les membres inférieurs sont touchés
Le traitement des gelures graves
Il est plus complexe et ne peut être réalisé qu'en milieu hospitalier, si possible dans des hôpitaux spécialisés dans ce traitement. Plus le traitement est entrepris rapidement et plus les chances de récupération sont importantes. Il est nécessaire d'être rapatrié rapidement.
L'hypothermie
L'hypothermie est déclarée lorsque la température du corps descend en-dessous de 35o. Un tel constat ne peut être effectué qu'à l'aide d'un thermomètre qui prendra donc sa place dans les bagages.
En haute altitude, elle peut subvenir lorsqu'une personne est bloquée sans protection (mauvais temps, ...). Elle est également possible lorsque d'autres traumatismes et blessures ont eu lieu. Ceux-ci retiennent souvent toute l'attention et l'hypothermie passe souvent, au début, inaperçue.
Hypothermie légère
Elle est caractérisée par:
une sensation de froid et une envie de se réchauffer
un pouls faible et rapide
Hypothermie sévère
Elle est caractérisée par:
une température corporelle en-dessous de 33o
un état de confusion, des idées peu claires
Attention, elle peut conduire à un état comateux et une rigidité
corporelle.
Traitement
Si l'on est bloqué en altitude :
Se soustraire à l'action du froid et limiter les pertes de calories en superposant les couches de vêtements et en se mettant à l'abri du vent.
Effectuer une stricte gestion des ressources (nourriture, boisson et gaz) afin d'avoir de quoi boire le plus longtemps possible.
Rester calme car le stress brûle beaucoup d'énergie. Le moral permet de gagner.
Éviter les frissons involontaires par des contractions volontaires
Le Réchauffement :
Il doit être effectué en douceur.
Ne pas entrer dans une pièce ou un véhicule chauffé, un bain chaud.
Il vaut mieux des habits secs et réchauffés ainsi qu'une boisson tiède et de la chaleur humaine.
Faire attention à un retour de sang froid vers le cur en veillant à la mobilisation prudente des membres inférieurs.
Quelques jours de repos, au chaud, suffiront à la guérison.